5 livres indispensables pour comprendre le 21ème siècle

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Ces 5 livres permettront à toutes personnes de bonne foi de comprendre la nature profonde des forces qui façonnent ce début de 21ème siècle ; de sortir, si elles le veulent, de la séquence historique 33-45, soit la lutte contre un fascisme totalitaire incarné par un chef charismatique ; de déchirer le voile de l’anti-fascisme institutionnel qui, en pérennisant un clivage politique obsolète, empêche d’accéder à la nécessaire critique de la démocratie de marché (qui n’est pas la Démocratie), le véritable fascisme de ce siècle.

1. Le Grand Echiquier, Zbigniew Brzezinski
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Les complotistes sont encore trop naïfs (et leurs détracteurs trop incultes) ; il n’y a aucun complot, puisque ZB a tout dit. Il a tout écrit noir sur blanc dans un livre publié en 1997, et lorsque cela lui a été reproché, il a répondu avec cynisme « Les américains ne lisent pas. ». S’il y a bien un complot mondial visant à détruire les particularismes nationaux au profit d’une oligarchie bancaire, ce complot est disponible aux éditions Fayard/Pluriel pour 9,50 euros.

Conseiller en géopolitique d’Obama et ami de David Rockefeller, avec qui il cofonde la commission Trilatérale en 1973, ZB est la figure de proue de l’école réaliste du conservatisme américain qui se distingue du néo-conservatisme en tant qu’elle prône, pour en fait arriver au même but, le trafic d’influence et la cooptation des élites au lieu de l’intervention militaire directe.
L’analyse de ZB est classique : l’Eurasie est le centre du pouvoir mondial, car elle regroupe la moitié de la population humaine. Pour contrôler cette zone, il faut contrôler l’Asie centrale et donc empêcher par tous les moyens l’alliance Sino-Russe. L’objectif de cette conquête est la victoire du Nouvel Ordre Mondial, soit la mise en place, au moyen du choc des civilisations, d’une gouvernance globale dominée par les multinationales occidentales.
C’est dans ce livre que ZB invente son fameux instrument de contrôle des masses, le « tittytainment » : à terme le capitalisme mondialisé n’aura besoin que de 20% de la population pour fonctionner, les 80% restant seront maintenus dans l’abrutissement par le divertissement, la pornographie et la malbouffe.

2. Gouverner par le chaos, Collectif
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Déjà culte, le livre rédigé par Lucien Cerise est très court (90 pages), mais défend une thèse forte : pour gouverner, le pouvoir ne s’impose plus par l’ordre mais par le chaos. En effet, depuis les années 20, le politique a changé de nature ; il ne se résume plus au dépassement des contradictions individuelles par la Loi, mais est devenu une science de la gestion des groupes dont le but est l’automatisation des comportements. Cette science de la gestion issue de la Cybernétique déploie toute une batterie d’instruments qui forment une véritable ingénierie… Parmi ces instruments, on a déjà évoqué le tittytainment mais on peut aussi mentionner :
La conduite du changement qui accompagne des individus fragilisés par la précarité (qu’on aura promut dans l’espace public à travers un idéal de vie nomade, mobile, flexible) en leur proposant des solutions qu’on présente comme positives, mais qui sont en réalité encore plus précaires.
La fabrication du consentement (propagande, publicité), qui pirate un sujet pour obtenir de lui son adhésion. Comment ? En attaquant son esprit critique par la stimulation de ses quatre émotions primaires : l’agressivité, l’intérêt matériel immédiat, l’attirance sexuelle, et la recherche de la sécurité. En somme, deux affects primitifs qui sont le sexe et l’angoisse que l’on nomme en termes analytique : la structure élémentaire du fantasme. Le champ du fantasme étant un puissant moteur de l’action, qui parviendra le mieux à jouer de la séduction et de l’angoisse emportera l’adhésion.

3. Le capitalisme de la séduction, Michel Clouscard
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Probablement un des livres les plus importants publié après 1970 et assurément le plus important de cette liste. Au lendemain de Mai 68, Michel Clouscard, philosophe marxiste le plus doué de sa génération, ouvre la critique du capitalisme moderne en théorisant le concept génial de libéralisme-libertaire. Le libéralisme, qui jusqu’à Mai 68 s’appuyait sur les valeurs morales de la bourgeoisie pour asseoir sa domination, devient libertaire en tant qu’il utilise désormais l’extension des libertés individuelles au-delà des structures traditionnelles pour conquérir les nouveaux marchés du désir et de la jouissance. En militant pour la libre circulation des hommes (donc des capitaux) et la destruction des structures traditionnelles (Famille, École, Religion) le progressiste de gauche est l’idiot utile du Capital mondialisé, puisqu’en atomisant la société, il isole l’individu et permet au marché, devenu seule instance de régulation, de remplir des espaces humains qui jusqu’ici échappaient aux échanges marchands.

4. La crise mondiale d’aujourd’hui, Maurice Allais
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D’abord un article publié dans Le Figaro dans la rubrique Opinions ; puis repris et annoté dans un livre, ce texte de Maurice Allais, économiste français et prix Nobel, est dédié « aux innombrables victimes dans le monde entier de l’idéologie libre-échangiste mondialiste, idéologie aussi funeste qu’erronée, et à tous ceux que n’aveugle pas quelque passion partisane. ». En trois parties d’une précision scientifique et d’une clarté limpide, l’économiste nous explique les causes des crises de 1929 et de 2008, ainsi que leurs points communs. Puis il nous propose ses solutions : de profondes réformes des institutions financières et monétaires, dont notamment l’abandon total du dollar comme monnaie de compte, d’échange, et de réserve ; une indexation en valeur réelle de tous les engagements sur l’avenir et le contrôle public de la création monétaire, car pour lui « sans aucune exagération, le mécanisme actuel de la création de monnaie par le crédit est certainement le « cancer » qui ronge irrémédiablement les économies de marchés de propriété privée. »

5. L’enracinement, Simone Weil
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C’est en 1943 (année de sa mort), de Londres, où elle réside aux côtés du général de Gaulle, que Simone Weil écrit ce texte, véritable testament directement adressé aux générations futures. Son message est clair : la « maladie » du déracinement se propage dans tous les milieux (paysans et ouvriers) et infecte la Nation française et son identité.
Pourtant, l’enracinement est précieux. Il est sans doute le besoin le plus important, mais le plus méconnu de l’âme humaine, aussi important à la vie de l’âme que le sont « pour la vie du corps les besoins de nourriture, de sommeil et de chaleur. »
Ainsi, devant l’oppression des peuples et des nations, devant l’introduction grandissante de la technique dans le travail, devant la place trop importante que prend l’argent, un seul remède est possible : retourner aux sources spirituelles, aux racines chrétiennes de la Nation française ; revaloriser le travail physique qui doit demeurer le centre spirituel de toute vie sociale bien organisée et réconcilier ainsi science et morale.
Une chose est sûre, si Simone Weil a pu directement s’adresser à nous à travers les décennies, en prévoyant déjà les problèmes à venir, c’est certainement parce qu’elle n’a jamais oublié que tout humain a une racine et qu’il se doit de participer « à l’existence d’une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d’avenir. »

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